Je laisse des traces

Je laisse des traces

Tout le monde laisse des traces. Moi, je laisse des traces sur Internet. Des traces de ma vie, de mes amis et de mes envies.

Je laisse des traces pour les autres.

Je façonne une identité qui est celle que verront ceux qui ne me rencontreront jamais. C’est un exercice de style amusant. De la comédie virtuelle, une usurpation de sa propre identité. C’est drôle. On le fait tous, plus ou moins bien, mais on le fait tous. Autrefois, on le faisait avec classe dans de grandes lettres encre et buvard, maintenant on le fait à la va-vite avec le numérique. Il y a autant de subtilités que jadis par contre. Il y a même plus de possibilités, mais je ne vais pas tout vous raconter là-dessus.

Je laisse des traces pour les miens. Ceux qui sont là.

Pour qu’ils voient ce que je fais. Je suis pas le roi du téléphone, alors je laisse des traces bien visibles pour donner des nouvelles claires. Il y a les nouvelles claires, destinées aux personnes qui savent pertinemment qu’elles sont faites pour elles. Et puis, il y a les nouvelles plus subtiles, celles qui s’adressent à d’autres personnes indirectement. Une sorte de façon pudique de faire coucou et de dire je pense à toi. Parfois ça marche, parfois pas du tout. Tant pis.

Je laisse des traces pour les miens. Ceux qui ne sont pas encore là.

Pour qu’ils voient ce que je fais, ce que j’ai fait et ce que je n’aurai pas fait. On ne laisse plus grand choses de matériel derrière nous, alors je fais un stock virtuel de moi. Je numérise ma pensée un peu chaque jour. Je la modélise dans ce que j’égraine sur le web. Photos, écrits, commentaires. Bien sûr, je gratte aussi un peu de papier en cas d’anéantissement technologique. C’est d’ailleurs le papier qui abrite le plus de secrets. Vous croyez quoi ? Que je balance tout sur le web ? Ha ha. Non.

Je laisse des traces pour voir.

Je laisse des traces pour voir. Des petits cailloux derrière mon pseudo et mon vrai nom. Des petits cailloux qui s’entassent par-ci par-là, en attendant ce que l’Internet décidera pour eux. Érosion lente ? Désintégration subite ? Enfouissement sous les cailloux des autres ? Finalement je sais pas trop ce que l’Internet fera de mes petits cailloux. Je les laisse derrière moi quand même. Je sais que certains les saisissent au vol, quelques minutes ou quelques jours après les avoir déposés. D’autres marcheront peut-être dessus plus tard et en ramasseront un ou deux pour les montrer aux autres. Peut-être qu’on shootera dedans aussi. Sûrement qu’on s’en foutra pas mal aussi. C’est ça les petits cailloux. On passe à côté, on choisit de les regarder ou pas, d’interagir ou pas avec.

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