Marc Riboud.

La mort d’un photographe

Aujourd’hui j’ai appris la mort de Marc Riboud.

Il était photographe et humaniste. Je ne connaissais pas bien son œuvre, ni sa vie, mais j’aime beaucoup la photo. Alors j’ai pris le temps de regarder ce qu’il a fait. Sur Twitter, il est monté en TT. On a vu la nouvelle se répandre et les articles se suivre. Il avait une bonne tête et à côté des portraits grisonnant de l’homme, on voyait quelques clichés noir et blanc que n’aurait pas renié Cartier-Bresson. Surprise, j’apprends au détour du premier article que j’épluche qu’il a été son mentor.

La disparition d’un photographe me chagrine toujours. Je parle de disparition parce que je considère qu’un photographe ne meurt jamais vraiment. Il est toujours dans ses photos. Particulièrement les photographes de cette époque qui travaillaient au noir et blanc et à l’argentique. Je trouve ça fou de tenir dans ses mains un original noir et blanc et de s’imaginer que le photographe a vu cette scène, dans le viseur de son Leica, des années avant nous, en vrai. Je me dis qu’il a choisi ce cliché, cette image précise sur sa 36 poses parce qu’il a vu quelque chose, un instantané, une étincelle. C’est la magie de la photo.
En lisant un peu la biographie de Marc Riboud je suis tombé sur cette confession de lui-même.

On le surnomme «Marc le taciturne» : cinquième d’une famille nombreuse, il ne dit jamais rien et se contente d’observer. Mais lorsque son père s’achète un Leica, en 1936, il lui offre son vieux Vest Pocket Kodak. «Il avait sept enfants, mais c’est à moi qu’il l’a donné», se souvient Marc Riboud, encore ému par ce geste en apparence anodin et pourtant fondateur. Assorti d’une phrase, elle aussi fondatrice : «Si tu ne sais pas parler, tu sauras peut-être regarder.»

Source Libération

Savoir regarder c’est ça le plus beau chez les photographes de cette trempe. Ils savent regarder le monde. Ils ont une façon de le voir qu’ils arrivent à figer sur du papier glacé. Ce sont des poètes avec une vision du monde tout aussi poétique. Ils couchent une réalité en noir et blanc sur un film. Alors oui, ça me chagrine toujours beaucoup lorsqu’un photographe disparait car nous aussi nous perdons quelqu’un. Nous perdons un observateur. Nous perdons un phare. Pas un phare qui éclaire, mais un phare qui regarde et qui réfléchit ce qu’il voit,  pour que d’autres le voient ensuite. Au même titre que les peintres et les écrivains, les photographes donnent à lire leur vision du monde.
Marc Riboud a voyagé dans le monde entier. Il a été en Inde, en Chine. Il s’est rendu dans le Japon en plein développement, il était en Algérie lors de son indépendance. Il a été le seul photographe occidental réaliser des reportage au Vietnam entre 1968 et 1969. Il photographiait Fidel Castro le jour de la mort de Kennedy. Il a shooté Churchill, De Gaulle, Picasso, Dali, Yourcenar, Malraux, Sartre, et Audrey Hepburn aussi. Il a fait l’Iran, l’Afghanistan, l’Europe, les Etats-Unis… Il a quitté une des plus grosses agence photo pour rester libre et indépendant.

Il photographiait les gens, la vie à la recherche de l’instant décisif mais il était réaliste.

« La photo ne peut pas changer le monde, mais elle peut montrer le monde surtout quand il change. » Marc Riboud.

En fait Marc Riboud était du côté humain de son art, il montrait les peuples et la beauté de l’humain.
Je termine ce billet avec une petite galerie de ces photos mais je vous invite à aller voir le site qui lui est consacré et notamment les portrait de personnalités et de politiques que je n’ai pas mis là. Regardez Cuba, la Yougoslavie, le Népal…

Pour aller plus loin : cet article du Monde et celui-ci de Télérama

« Mon obsession : photographier le plus intensément possible la vie la plus intense. C’est une manie, un virus aussi fort pour moi que le réflexe d’indépendance. Et si le goût de la vie diminue, les photos palissent parce que photographier, c’est savourer la vie au 1/125e de seconde. » Marc Riboud.

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