père et fils sur la plage

Le web détruit-il notre héritage ?

Je te pose la question à toi Strategic planner, à toi le développeur Android ainsi qu’à toi le blogueur influent. Je me la pose également : que va-t-il rester de ce que j’ai accompli quand je n’aurai plus l’âge de continuer ? Quel héritage allons-nous léguer à nos enfants, quelles traces allons-nous laisser ? Je ne me pose pas la question de la rapidité du progrès que nous vivons tous les jours l’Aristocraft explique très bien le malaise qu’on peut ressentir. Non, à vrai dire cette réflexion m’a été soufflée par un webdesigner trentenaire -dont je ne citerai pas le nom- qui commence à se lasser de tout ce virtuel. Peut être la crise de la trentaine… Peut-être pas.

Peut-être effectivement que finalement il y a plus important que d’avoir une réputation en ligne ahurissante et des tas d’amis sur tous les réseaux. Je me vois mal raconter ma vie à mes petits enfants en leur disant que ma plus grande fierté était un PR7 en .com et une photo flickr à 10 000 vues (ce qui n’est vrai ni dans un cas ni dans l’autre).

Mon grand-père était chevalier de la légion d’honneur, chevalier des palmes académiques, membre de l’académie des sciences, professeur, vice président d’université et j’en passe. C’est quand même un plus palpable que community manager pour Volvic (et je n’ai rien contre l’Auvergne au contraire). Il aura laissé son empreinte dans l’histoire de l’université, marqué les esprits de générations d’élèves et fait avancer un peu la recherche en biologie. Ce que je veux dire c’est que dans la virtualité qui nous entoure, finalement nous ne laissons que peu de choses, peu de souvenirs. Pas d’empreintes, juste des données, stockables, reproductibles et délébiles.

Certes la descendance pourra sûrement retracer notre vie avec aisance à coup de statuts, de tweets, de photos et de blogs. Et ce n’est sans doute pas un mal. Mais est-ce tout ? Autrefois on fouillait la paperasse, les greniers et les caves à la recherche de vieux Polaroïds et d’actes de naissances, on trouvait des lettres ! Aujourd’hui on Googlise on mail et on chat’. Et j’avoue que ça fait quelques mois que je n’ai pas écrit de lettre. Pourtant quel charme dans ce papier plié et les timbres à lécher…

Je ne fais pas une crise narcissique aigüe, je me demande simplement quel genre de choses matérielles et immatérielles nous allons pouvoir léguer en travaillant dans le web, la communication ou le marketing. Des savoirs, des techniques et des stratégies ? Pourquoi pas, je suppose que laisser son nom dans l’histoire d’un métier doit en séduire plus d’un. Je me demande pourquoi un trentenaire archi-geek, hyper-connecté et baignant depuis un certain temps dans toute forme de technologie se pose cette question. Peut-être qu’à force de travailler dans le vent on s’essouffle…

Je ne cherche pas vraiment à laisser de traces, j’aimerais simplement connaître les possibilités de legs de notre génération. Qu’on ait l’air servir à quelque chose un minimum. Je terminerai avec cette citation de René Char en guise d’anti conclusion :

Un poète doit laisser des traces de son passage non des preuves. Seules les traces font rêver.

Ironie du sort, mon grand-père ne m’aura légué qu’un presse papier en forme d’arobase. Signe ou hasard ?

2 réponses à “Le web détruit-il notre héritage ?

  1. Ce que l’on peut léguer ?

    Un pan de l’histoire du web, ce que l’on a vu naître, les transitions que l’on a vécu, les directions et idéaux qui nous ont fait prendre tel ou tel chemin contre une loi liberticide, pour une démocratie plus claire, etc…
    Quand la génération suivante arrivera, elle sera dans un monde que nous n’avons jamais vécu : fait de réseaux sociaux, d’intéractions que nous n’avons connu qu’après un certain temps.
    Ce qu’il faut ? Laisser les clés, faire confiance, guider, ne prendre personne de haut.

    Concernant les données à léguer, il serait peut être aussi temps pour nous de travailler à la conservation des données numériques que nous produisons d’une manière ou d’une autre. Nous sommes les seuls témoins de l’époque que nous vivons, nous savons ce qui nous a mu pendant une période où une autre. Il existe déjà des outils qui permettent de conserver des données de manière plus ou moins qualitative ou quantitative : base de données, fichiers xml, etc. Il va falloir penser à un format open data d’enregistrement des données, à une manière de conserver ces données partout dans le monde, et pas qu’à un seul endroit. D’autres outils permettent aussi de produire de la veille, des données intéressantes… des outils de curation comme « Scoop.it » ou même Storify qui sont un excellent moyen de récupérer l’information produite sur nos réseaux.

    Un chantier énorme à la hauteur de la société que nous voulons aussi batir. Il est temps de s’en donner les moyens.

    1. Je vois ce que tu veux dire Greg. C’est bien joli de léguer tout un pan de l’histoire du web, mais je n’ai pas le sentiment qu’on puisse faire grand chose dans cette gigantesque mouvance. Le web libre vient de se prendre une grosse claque à Bruxelles et je n’ai pas l’impression qu’on puisse y faire grand chose. Mais je rejoins ton point de vue lorsque tu parle de pan d’histoire dans le sens où l’on pourra la raconter. Raconter comment il y avait des sites de Tchat’, quel bruit infernal faisait le modem pendant la connexion, qu’on ne pouvait pas téléphoner tout en surfant sur le web haha ! Tout ça on pourra le dire et si t’es doué tu pourras imiter le bruit du modem !

      Concernant les données à léguer je suis d’accord avec toi. Comme dans les bons films de SF il faudrait archiver un peu notre espèce ! Certains ont déjà commencé à le faire et c’est ce dont on discutait sur G+ avec un certain Philippe. Certains se servent déjà de certaines plateformes comme mémo. Facebook, Tumblr, les blogs, ils utilisent les supports carnet de vie et je trouve ça intéressant. Un Tumblr ma vie mon œuvre 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *