Primetime

Prime Time, le livre délirant qu’il faut que vous lisiez

jay-martel-prime-timeAvant les vacances, je flânais en librairie à la recherche de mon compagnon de plage. Comme je ne suis pas hyper Levy, Bussi, Musso ou Gavalda et tous ces auteurs à voyelles de l’été, je me suis dirigé tout naturellement vers le rayon SF/Fantasy de chez Mollat. Je flâne, je retourne les bouquin comme des galets quand du coin de l’œil, une couverture se la joue sirène. « Prime Time« . Ok, c’est sobre, ça sonne pas mal, why not ? Je retourne ledit bouquin et mon regard se porte sur cette accroche spécialement rédigée pour faire craquer les geeks comme moi : « Enfoncez The Truman Show et le Guide du routard galactique dans une mixer, appuyez sur « puissance maximale » et vous obtiendrez Prime Time : un tourbillon de folle inventivité qui n’épargne rien ni personne. »
Ok n’en jetez pas plus je suis déjà conquis à 60%, je parcours rapidement la 4ème de couv pour vérifier mon pressentiment :

Bienvenue chez Galaxy Entertainment ! Vous ne le saviez évidemment pas, mais la Terre est depuis longtemps le théâtre de l’un des programmes de télé-réalité les plus populaires de la galaxie. Partout dans le cosmos, on se régale des mésaventures des Terriens, ces êtres primitifs et arrogants qui, à force de guerres, de pollution et de décision irrationnelles, s’approchent chaque année un peu plus de l’autodestruction.

Sauf que les spectateurs commencent à se lasser. L’audience est en berne ces derniers temps. À tel point que les producteurs ont décidé d’arrêter les frais. Désireux de finir en beauté, ils nous ont concoté un dernier épisode de folie : la fin du monde, rien de moins. Et c’est pour dans trois semaine. Ta-da !

Dès lors, les données du problèmes sont claires : un homme, un seul, peut encore faire remonter l’audience et sauver la planète. Nom ? Perry Bunt. Ages ? Parlons d’autre chose. Signe particulier ? N’a rien de mandé à personne.

On est mal barrés.

98 %

Jay Martel vit à Los Angeles. Il est scénariste, dramaturge et journaliste.

99 %

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Paul Simon Bouffartigue.

99,01 % (Ben quoi c’est marrant comme nom « Bouffartigue » ?)

« Laissez tomber les blurbs : contentez-vous de lire ce roman hilarant ». Michael Moore.

Ok 100 %

Un billet et un sourire de la caissière plus tard, me voici avec 473 pages de rigolade annoncée. Qu’en est-il vraiment ? Je vous raconte ça maintenant.


Pour vous faire le pitch plus complet très rapidement disons qu’effectivement, une bande d’extra-terrestres humains, mais vachement plus évolué que nous ont décidé de faire de la Terre un Secret Story géant. Ils sont technologiquement hyper développé, ils se reproduisent en s’implémantant des gênes parfaits qu’ils choisissent à l’avance, ils ont des pilulles qui filent des orgasmes instantanés (oui oui), ils ont éliminés, la vanité, les meurtres et la guerre, bref les mecs sont bons. Ils sont bons, mais ils s’embêtent énormément du haut de leur planète d’intellos. Et ça fait quoi un intello qui n’a rien à faire. Ben quand il est extra-terrestre ça regarde les moins développé et ça se moque d’eux. Et parmi eux : Perry Bunt.

Perry Bunt est un bon looser américain. Un scénariste sans succès qui a fait une croix sur sa carrière et donne des cours de scénario à des étudiants présomptueux dans une petite université de Los Angeles.  Perry est un loser cynique sinon, le bouquin ne marcherait pas. Il mène une vie tout à fait banale jusqu’à ce que par une série d’événement, il se retrouve au milieu de la fin du monde avec le pouvoir malgré lui de pouvoir empêcher cette terrible destruction de la Terre.

Ce que j’ai aimé dans ce bouquin :

  • La mise en abyme. L’auteur qui est scénariste dans la vie, nous sert un personnage dont il connait extrêmement bien le milieu. Il se permet de le critiquer et de donner au lecteur des clés sur les mécaniques scénaristiques les plus utilisées dans l’industrie Hollywoodienne. Cette mise en abîme et auto-critique du système littéraire est assez amusante à lire. J’ai rarement lu un personnage qui critiquait les rebonds de sa propre histoire, à par Deadpool à la limite. Sympa donc.
  • Le cynisme. Jay Martel profite de pouvoir faire parler ses extra-terrestres pour nous en mettre plein la figure, à commencer par lui même et les américains. Il critique les manières stupides et les déboires de l’humanités, dénonce l’absurdité de nos comportements sans oublier de rappeler que notre nature humaine a quand même du bon. Ce sont certainement les parties les plus savoureuses et qui m’ont laissé échappés quelques petits rire en les lisant. Morceaux choisis pour vous faire une idée :

Premier extrait, lorsqu’il nous explique l’intérêt d’une extraterrestre pour nous autres pauvres mortels.

[…] Fascinée (de voir), ces malheureux Terricules rechercher, au fin fond de la jungle, de l’or qui n’avait jamais existé, s’abîmer les yeux pour écrire d’interminables livres que personne ne lirait ou se laisser mourir de faim, seuls au fond d’une grotte, en quête d’une illumination qui ne viendrait pas. […] Elle trouvait l’instinct qui poussait les Terricules à se lancer dans des quêtes sans fin, à rêver d’impossibles rêves ou à vouloir atteindre des buts inatteignables, d’une beauté déchirante.

Elle aimait aussi leur sens du devoir et de l’honneur, la façon qu’ils avaient de se sacrifier bêtement pour des causes absurdes. Elle aimait même leur curieux besoin de se diviser en tribus- ils appelaient ça des « pays » – et de célébrer leur tribu comme étant la meilleure de toute, même si, pour le prouver, il leur fallait déclencher des guerre plus épouvantable les unes que les autres, qui les menaient à une mort certaine. Et, plus que tout, elle aimait leur foi en une puissance supérieure capable de les sauver de ces guerres épouvantables et de cette mort certaine, une puissance qui ne se manifestait jamais sous une forme tangible et venait encore moins les secourir. Ils finissaient toujours par mourir mais, phénomène incroyable (et le plus beau de tous, aux yeux d’Amanda), cela n’ébranlait en rien la foi des Terricules qui survivaient. Au contraire, cette foi, s’en trouvait raffermie car la puissance supérieur l’avait voulu ainsi.

L’auteur ne se prive pas d’écorcher son pays natal quand il le peut, en voici d’ailleurs l’observation qu’en font nos amis extraterrestres.

Les Etats-Unis d’Amérique :
Une réelle prospérité, une foi religieuse particulièrement affirmée, une législation très souple en matière d’armes à feu : tout concourait à ce que ce soit aux États-Unis que se déroulent les programmes de Channel Blue qui marchaient le mieux. Oui, c’était un pays où le gouvernement assassinait des gens parce qu’ils assassinaient des gens et déclenchent des guerre pour empêcher que des guerres ne se déclenchent.

  • Le bijou critique. Prime Time de Jay Martel est un petit bijou de références et de critique de notre sociétés. L’auteur invente des histoires loufoque pour expliquer tout un tas de d’événement de notre histoire ( du succès d’Elvis Presley, au mouvement hippies en passant par les grandes guerres). Il invente, déforme et se moque des rouages du monde actuel. Si vous saviez comment les extraterrestres ont prévus de faire sauter la terre avec un simple stylo, vous seriez déjà plié en deux. (Je peux vous donner l’extrait pour les feignants qui n’iront pas acheter ce livre.) Jay Martel critique tout. Le comportement humain, l’égocentrisme, la politique, la violence, les prisons secrète américaines, l’emballement médiatique sur le vide, l’économie, la télévision. Tout notre système actuel, je dis bien TOUT est passé à la moulinette de Prime Time pour être vilipendé ou expliqué de manière complètement décalée du point de vue extra-terrestre. Lire comment notre société est capable de créer un nouveau mouvement religieux appelé « le monpotisme » à partir d’un illuminé voulant séparer deux clodo se battant pour un cupcake dans un square, ça n’a pas de prix.
  • Pierre Richard. Je suis intimement convaincu que le héros, Perry Bunt est la réincarnation de François Pignon ET François Perrin. Le mec n’en loupe pas une et c’est un régal. C’est la désopilante histoire d’un homme qui fait tout pour sauver sa planète mais que personne ne comprend.

Ce que j’ai moins aimé dans ce bouquin :

  • Pris à son propre jeu. Jay Martel, nous sert un livre complet, une histoire survitaminée et extrêmement drôle, mais il se prend un peu les pieds dans le tapis. Prime Time nous plonge dans une critique acerbe de la télé-réalité et plus largement de la télévision et de tous ces médias qui sont prisonniers de leur audience. On suit deux personnages littéralement enfermés dans une spirale infernale qui ne cesse de s’agrandir au fur-et-à-mesure qu’ils veulent s’en sortir. L’auteur subit un peu le même sort. L’histoire traîne en longueur et on fini par légèrement se lasser de tous ces rebondissements à la chaine. Ce mec a certainement écrit un paquet de scénarios de séries TV avec des cliffs hanger à tire-l’arrigot si vous voulez mon avis. On en vient à se demander si l’histoire aura vraiment une fin. Rien de bien grave à l’échelle du livre mais on a quand même l’impression qu’il aurait pu être plus court sans être plus mauvais.

 

Ce livre est un excellent divertissement. Ce n’est pas vraiment de la SF. C’est à la portée de n’importe qui et c’est vraiment drôle. Jay Martel tir facilement toutes les ficelles de son roman, peut-être un poil trop nombreuses, mais tellement drôles. Chaque chapitre a son lot d’humour et la satyre est vraiment savoureuse. Tantôt acerbe, tantôt ironique, l’auteur pointe les faiblesses et les qualités humaines. Ce n’est pas du Flaubert au niveau du style, ce n’est pas non plus le scénario le plus impénétrable qui soit mais qu’est-ce qu’on ri. On s’esclaffe, on s’étonne, on s’interroge et même de temps en temps on se demande… Et si c’était vrai ? Merde j’avais dit pas de Musso !

Prime Time, (Channel blue titre original) Jay Martel chez  Super 8 éditions (passez voir le site, ils sont aussi marrant que leurs bouquins)

 

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